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Examen du projet de Michel Foucault par la Méthodologie de Modélisation Intellectuelle « MANHAJ » : centre, référence et production du sens

Si le centre explicite disparaît, où se déplace la fonction référentielle ?

EXAMEN DU PROJET INTELLECTUEL

Du centre à la référence : mise à l’épreuve de la structure du système

Cet examen part d’une question précise : que se passe-t-il lorsqu’un centre qui remplissait une fonction fondatrice dans la détermination de la vérité, du savoir ou du sens est déconstruit ?

MANHAJ ne présuppose pas que la déconstruction du centre entraîne automatiquement la disparition de la référence. L’examen porte donc sur la fonction qu’assumait le centre, puis cherche à déterminer si cette fonction s’est maintenue ailleurs et comment les coordonnées peuvent être déterminées après la transformation de la structure.

Quant au sens, sa stabilité ne peut être présumée du seul fait que le terme demeure identique ; il doit être examiné à partir de la coordonnée du concept dans le domaine conceptuel et des relations qui l’organisent. Dès lors, le changement de référence soulève une question supplémentaire : le système est-il capable de dériver à nouveau le sens dans les nouvelles coordonnées ?

Cette page examine plusieurs éléments dans leurs relations : le point d’origine, le centre et la référence, le domaine conceptuel, la coordonnée du sens, l’acte cognitif, puis la poursuite ou l’arrêt de la dérivation.

Il ne s’agit pas d’un ordre temporel ni d’une direction causale présupposée entre ces éléments, mais d’une structure d’examen servant à déterminer leurs positions et leurs relations au sein du projet étudié.

CADRE MÉTHODOLOGIQUE

Trois notions pour situer Foucault dans l’examen

01

Centre et référence : que se passe-t-il lorsque le centre est déconstruit ?

Dans certains modèles que Foucault soumet à la critique, le pouvoir apparaît sous la forme d’une souveraineté centralisée exercée par une instance supérieure, telle que le roi ou l’autorité judiciaire, le droit constituant le cadre qui détermine ce qui est licite et ce qui est interdit. Foucault lui oppose l’analyse de formes modernes de pouvoir qui ne se comprennent pas à partir d’un centre unique, mais à travers des techniques, des institutions et des relations multiples.

Dans Surveiller et punir, cela se manifeste notamment par le déplacement de l’analyse vers l’école, la prison, l’hôpital et les lieux de travail, ainsi que vers des techniques telles que la surveillance, l’examen, l’enregistrement et la normalisation. Dans Histoire de la sexualité, l’analyse porte également sur la multiplicité des lieux et des relations de pouvoir plutôt que sur la recherche d’un unique centre souverain.

Foucault n’emploie pas nécessairement ici la notion de « référence coordonnée » dans le sens que lui donne MANHAJ. MANHAJ procède plutôt à une remodélisation de cette structure et pose la question suivante : si le centre souverain unique n’est plus le lieu de l’explication, qu’est-ce qui assume la fonction de détermination qu’il remplissait ?

Question méthodologique : où se trouve désormais la fonction référentielle après la transformation du centre ?

02

Mouvement de la référence : le déplacement du lieu de détermination signifie-t-il sa disparition ?

Dans l’analyse foucaldienne du pouvoir disciplinaire, la fonction de détermination ne disparaît pas ; elle apparaît à travers la norme, l’examen, la documentation et la normalisation. L’examen ne se contente pas de surveiller l’individu : il produit des informations sur lui et le place dans un espace de comparaison et de classification ; les registres, les notes et les dossiers deviennent des instruments permettant de déterminer sa position par rapport à une norme ou par rapport aux autres.

Chez Foucault, le pouvoir moderne n’est pas davantage circonscrit à une seule institution ; il est question d’une multiplicité de lieux et de relations de pouvoir au sein de la famille, du lieu de travail, de l’école, de l’hôpital, etc. MANHAJ peut dès lors poser, à l’intérieur de cette structure : si les lieux du pouvoir sont distribués, qu’est-ce qui rend possible la détermination de la position de l’individu, de son comportement ou de son écart à la norme ?

En ce sens, le déplacement de la référence ne signifie pas l’absence de référence. MANHAJ ne présuppose toutefois pas que Foucault pose l’existence d’une référence coordonnée mobile ; il examine si les fonctions de détermination et de comparaison décrites par Foucault reposent sur une règle qui puisse être mise au jour, et si le déplacement du lieu de détermination est régi par des relations et des règles susceptibles d’être modélisées.

Question méthodologique : quelle règle régit le déplacement de la fonction référentielle entre le droit, la norme, l’examen, la documentation et les relations ?

03

Le sens et la possibilité de sa dérivation : que devient le sens après le changement de référence ?

MANHAJ ne traite pas les concepts comme des notions linguistiques absolues que l’on définirait en recherchant leur essence et en répondant à la question : « qu’est-ce que c’est ? ». Il propose au contraire des concepts fonctionnels définis par leur coordonnée au sein d’un domaine conceptuel déterminé, c’est-à-dire par leur position, leurs relations et leur fonction dans un domaine dérivé d’un point d’origine organisé autour d’une centralité doctrinale. La valeur et le sens du concept ne peuvent donc être compris indépendamment du domaine dans lequel il s’inscrit ni du point d’origine dont ce domaine procède.

Dès lors, le changement de référence dépasse la simple détermination des positions. Si le point d’origine change, ou si change la règle qui organise les relations, la question devient : le système peut-il dériver à nouveau le sens dans les nouvelles coordonnées ?

C’est ici qu’intervient la notion de dérivation du sens. La présence de nombreux concepts, la poursuite du discours ou la capacité à déconstruire des propositions antérieures ne suffisent pas, à elles seules, à établir la persistance de la capacité à produire du sens. Il faut que le système comporte des règles et des relations permettant de passer d’un point à un autre et d’un sens à un autre selon un parcours déterminable.

C’est à ce niveau qu’intervient la Loi de dérivation du constant : le « constant » ne désigne pas un élément imposé de l’extérieur au système ; il s’agit de mettre à l’épreuve la continuité des opérations de dérivation du sens et leur capacité à produire un sens nouveau. Si ces opérations s’arrêtent et ne produisent plus de sens nouveau, le résultat devient un zéro cognitif : c’est ce que désigne la stérilité.

Principe de mesure : aucune mesure coordonnée ne peut être effectuée sans référence coordonnée. Si la référence change, cela ne signifie pas que toute référence a disparu ; cela signifie que le point de mesure s’est déplacé.
APPLICATION À FOUCAULT

Du centre souverain à la multiplicité des lieux du pouvoir et du savoir

Dans son analyse du pouvoir moderne, Foucault décrit le passage d’un modèle souverain dans lequel le pouvoir est concentré dans une instance supérieure à des techniques disciplinaires et normalisatrices opérant à travers de multiples institutions et relations. On peut citer notamment la surveillance, l’examen, la documentation, la classification et la normalisation à l’école, dans la prison, à l’hôpital, etc.

D’autre part, l’archéologie foucaldienne étudie les règles qui rendent possibles certains énoncés et concepts au sein de formations discursives historiquement déterminées, tandis que la généalogie s’intéresse aux conditions historiques et aux relations dans lesquelles se constituent le savoir et le pouvoir. Cette distinction permet à MANHAJ de séparer ce que décrit Foucault de la modélisation coordonnée que MANHAJ applique à ce qu’il décrit.

Du point de vue de MANHAJ, la question devient alors : s’il n’existe plus un centre unique permettant d’expliquer la structure du pouvoir ou la production du savoir, où s’exerce la fonction de détermination et de référence ? Et quelle règle rend son déplacement examinable ?

QUATRE AXES

Centre, référence et mouvement cognitif

Ces axes ne prétendent pas réduire le projet de Foucault ; ils précisent les questions que MANHAJ ajoute lorsqu’il examine la position et les coordonnées de l’acte cognitif.

1. Centre et référence : de la souveraineté à la distribution

Dans l’analyse de Foucault

Foucault analyse le modèle souverain dans lequel le pouvoir se matérialise dans le roi, le droit ou l’appareil judiciaire, puis oriente l’analyse vers le pouvoir disciplinaire qui opère à travers l’école, la prison, l’hôpital et le lieu de travail, ainsi que vers la multiplicité des relations de pouvoir dans la société. Il relie également l’examen, la documentation et la normalisation à la production de savoir sur les individus.

MANHAJ

MANHAJ reformule la question en termes de coordonnées : si le centre souverain unique n’est plus le point de détermination, quelle référence permet aux normes, aux examens et aux dossiers de déterminer les positions et les relations ? Il ne s’agit pas d’attribuer à Foucault la notion de « référence coordonnée », mais de l’utiliser comme outil d’examen.

2. Mouvement de la référence : du droit à la norme et à l’examen

Dans l’analyse de Foucault

Dans son analyse de la discipline, la détermination ne se limite pas au jugement juridique ; l’examen, la documentation, la comparaison et la normalisation rendent l’individu susceptible d’être situé dans un espace de normes et de hiérarchies. Les dossiers issus de l’examen deviennent ainsi le support de nouvelles classifications, moyennes et normes.

MANHAJ

Le déplacement de la fonction de détermination du droit souverain vers la norme, l’examen et la documentation ne signifie pas que la référence a disparu. La question devient plutôt : quelle règle de transition a permis à la norme, à l’examen et à la documentation d’assumer cette fonction ? Cette règle peut-elle être modélisée et suivie dans les différents cas ?

3. Le sujet et la référence : mise à l’épreuve de la possibilité d’un cercle méthodologique

Dans l’examen du projet de Foucault

Nous ne présupposons pas que Foucault fasse du sujet une référence. Cela ne peut être mis à l’épreuve que si l’analyse montre que, dans une phase ou une application donnée, le sujet devient à la fois objet de détermination et référence pour déterminer le sens ou le jugement. Cette question devient particulièrement importante dans l’étude foucaldienne tardive du sujet et de ses pratiques, sans pour autant réduire l’ensemble de son projet à ce point.

MANHAJ

Si la réunion des deux fonctions est établie, nous sommes face à un cercle méthodologique ; ce cercle signifie ici une pétition de principe : le résultat que l’acte cognitif est censé produire intervient dans l’outil censé le produire. Si ce cercle est structurel au point d’empêcher de distinguer l’objet de l’instrument qui le détermine, il constitue une impasse méthodologique qui entrave l’acte cognitif et conduit à l’arrêt de la dérivation du sens, c’est-à-dire au zéro cognitif et à la stérilité.

Cette issue n’est toutefois pas posée à l’avance ; elle doit être établie par l’examen : l’acte cognitif peut-il dépasser le cercle et poursuivre la dérivation, ou le cercle l’en empêche-t-il ?

4. Du mouvement de la référence à la dérivation du sens : quand le système s’arrête-t-il ?

Dans l’analyse de Foucault

Foucault déplace continuellement l’analyse entre formations discursives, institutions, pratiques et relations de pouvoir et de savoir, plutôt que de fixer l’explication sur un centre unique. C’est précisément ce mouvement qui rend importante, dans la remodélisation du projet, la question de la possibilité de poursuivre la dérivation.

MANHAJ

La Loi de dérivation du constant, qui est la septième loi de MANHAJ, ne signifie pas l’existence d’un constant extérieur imposé au système ; elle consiste à mettre à l’épreuve la capacité des opérations de dérivation du sens à se poursuivre.

Si les opérations de dérivation se poursuivent, l’acte cognitif demeure capable de produire du sens. Si elles s’arrêtent et ne produisent plus de sens nouveau, le résultat devient un zéro cognitif : c’est ce que désigne la stérilité.

SYNTHÈSE MÉTHODOLOGIQUE

De la déconstruction du centre à la mise à l’épreuve de la poursuite de la dérivation

La déconstruction du centre ne tranche pas à elle seule la question de la référence. Dans le cas foucaldien, l’analyse peut se déplacer du pouvoir souverain et du droit vers la norme, l’examen, la documentation, la normalisation et la multiplicité des relations de pouvoir. MANHAJ ne se contente toutefois pas de décrire ce déplacement ; il interroge la fonction référentielle désormais assumée par ces éléments et la règle qui en régit le déplacement.

L’examen se porte ensuite sur le sens : la nouvelle structure permet-elle de poursuivre les opérations de dérivation du sens, ou atteint-elle un point où la dérivation s’arrête ?

Les questions de l’examen sont alors les suivantes :

  1. Quel centre ou quel point d’origine organisait la structure ?
  2. Quelle fonction référentielle assumait-il ?
  3. Où cette fonction se situe-t-elle après la transformation du centre ?
  4. Quelle règle régit son déplacement ?
  5. Comment les coordonnées du sens se déterminent-elles dans la nouvelle configuration ?
  6. Les opérations de dérivation du sens se poursuivent-elles ?
  7. Si elles s’arrêtent, en résulte-t-il un zéro cognitif dont le lieu peut être déterminé structurellement ?

C’est ici que se précise le sens de la Loi de dérivation du constant : il ne s’agit pas de rechercher un constant extérieur, mais de mettre à l’épreuve la poursuite du processus de dérivation lui-même. Si les opérations de dérivation du sens s’arrêtent et que le résultat devient un zéro cognitif, il s’agit de la stérilité comme issue structurelle susceptible d’être examinée.

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