Centralité doctrinale
Quel est le centre de référence autour duquel s’organisent les valeurs, les concepts et les choix fondamentaux du projet ?

L’État moderne, la référence et le niveau de fondation
Cette comparaison ne part pas d’une hiérarchisation entre Wael Hallaq et la Méthodologie de Modélisation Intellectuelle, ni d’une dévalorisation du projet de Hallaq. Elle cherche plutôt à déterminer la position du mouvement méthodologique dans chaque projet : quel est le centre autour duquel le regard s’organise ? Qu’est-ce qui est accepté comme cadre antérieur ? D’où commence la construction du sens, et comment les conditions de justesse du parcours sont-elles examinées ?
La comparaison est particulièrement significative parce que la critique de l’État moderne peut se déployer à l’intérieur du champ historique, juridique et éthique qu’elle décrit et critique, tandis que MANHAJ vise à avancer d’un pas supplémentaire : examiner l’origine des coordonnées et les coordonnées du domaine conceptuel avant d’opérer dans ses détails.
La comparaison est lue à travers la chaîne : centralité doctrinale → origine des coordonnées → domaine conceptuel → coordonnée du sens → acte cognitif, puis le mouvement du projet est examiné à travers les lois de l’approche.
Quel est le centre de référence autour duquel s’organisent les valeurs, les concepts et les choix fondamentaux du projet ?
D’où commencent les coordonnées du sens à l’intérieur du domaine conceptuel ? Et le sens change-t-il lorsqu’un concept passe dans un autre domaine ?
Le regard commence-t-il a priori par l’examen de la fondation du champ et de ses conditions, ou se déplace-t-il a posteriori à l’intérieur de celui-ci ? Et quelles sont les conditions de justesse de ce parcours ?
Le projet de Hallaq part, selon le matériau sur lequel repose cette comparaison, de la critique de l’État moderne à travers l’histoire, le droit et l’éthique, en mettant en évidence la contradiction entre la structure de l’État moderne et le système éthique islamique. Dans ce parcours, la charia devient une référence antérieure à l’État et une limite à son pouvoir.
MANHAJ déplace la question vers un autre niveau de fondation : quelle est l’origine des coordonnées à partir de laquelle se déduit le domaine conceptuel ? Comment la fonction de l’État est-elle déterminée à l’intérieur du réseau de relations ? L’État n’est donc pas lu comme un élément isolé, mais comme un nœud dont la signification est déterminée par sa position et ses relations dans le système.
Il propose dans The Impossible State une critique de l’État moderne à travers sa structure juridique et éthique, et considère que la tentative de construire un État islamique moderne se heurte aux contradictions des fondements de l’État moderne et de son rapport à la charia.
Le problème est requalifié comme une perturbation systémique : une structure institutionnelle ou conceptuelle née dans un domaine doté d’une centralité différente peut être mise en œuvre dans un autre domaine sans redéfinir l’origine des coordonnées et les relations qui donnent leur sens à ses éléments.
La charia occupe dans le projet de Hallaq la position d’une référence qui précède l’État et fixe des limites à son pouvoir, à l’opposé d’une conception moderne dans laquelle l’État devient source du droit et de la souveraineté.
La question est formulée dans le langage de la centralité doctrinale et de l’origine des coordonnées : quelle est la référence supérieure dont dérive le domaine conceptuel ? Et quelles coordonnées font-elles acquérir au concept de souveraineté ou d’État son sens et sa fonction dans ce domaine ?
Le projet se déplace historiquement, analytiquement et de manière critique, en revenant aux racines de la modernité pour en révéler les effets sur l’être humain, l’éthique, l’environnement et la relation entre le droit et la société.
Il ne se limite pas à examiner les résultats historiques, mais se concentre sur la structure, les relations et les liaisons immatérielles, ainsi que sur les conditions du domaine qui permettent l’apparition de la dépendance ou de la souveraineté. La question a priori précède ainsi le travail détaillé : qu’est-ce qui rend ce champ possible sous cette forme ?
L’alternative chez Hallaq vise à restaurer la possibilité d’une vie éthique et à redécouvrir les ressources morales de la civilisation islamique en dehors de l’emprise de la conception moderne de l’État.
L’alternative consiste à reconstruire les conditions de la formation mentale et le système dans lequel l’État et les institutions se meuvent, afin de permettre la restauration de l’autonomie du domaine à partir de la centralité doctrinale et de l’origine des coordonnées, plutôt que de se limiter à modifier les résultats à l’intérieur du même domaine.
La distance entre les deux projets ne réside pas seulement dans le fait que l’un serait « éthique » et l’autre « technique », mais dans le niveau de la question méthodologique. Hallaq travaille sur la critique de la structure de l’État moderne et de ses conditions historiques, juridiques et éthiques, tandis que la Méthodologie de Modélisation Intellectuelle pousse la question vers l’examen de la centralité, de l’origine des coordonnées, des coordonnées du sens et des relations du domaine qui rendent cette structure possible et opératoire.
Ainsi, dans la logique de MANHAJ, la comparaison devient une question de direction du regard : suffit-il de critiquer le champ de l’intérieur ou à ses limites, ou faut-il auparavant examiner les conditions de sa fondation et sa référence ? Cette distinction ne vise pas à nier la valeur de l’approche a posteriori, mais à déterminer sa position par rapport à l’approche a priori.
Pour les chercheurs et les étudiants en études supérieures, deux formats de citation sont disponibles.